Recette de la pâte à Relation


© Jean-François Rauzier, Barceloneta Veduta

Deux grandes erreurs de communication sont au cœur d’un nombre Pi de dilemmes, de mésententes, de discordes et de séparations. Autant de fous rires – ou presque – que vivront ceux qui s’en amusent. Je vous en soumets ci-dessous les tenants observés comme majeurs, par les diverses recherches en la matière :

  • Manquer de précision lorsque l’on exprime ses idées

  • Préciser intérieurement l’expression incomplète d’autrui, et prendre le résultat de l’interprétation comme fidèle et sûr

Un exemple illustrera avec simplicité ces erreurs :

« - Oh, c’est trop beau ! s’exclame une femme face à une vitrine de pâtisseries.

- Évidemment ! Tu as vu le prix ?!

- Je parle de la façon dont la vitrine a été composée !

- Ah ! Oh... C’est plutôt banal...

- Posée sur une table en fer forgé, tu veux rire ? On dirait un décor de conte de fée !

- Ah ! Je croyais que tu parlais de la disposition des pâtisseries SUR la table. Un conte de fée ? C’est une table comme chez ma grand-mère, oui... »

Lorsque l’on s’en tient aux toutes premières répliques des deux protagonistes, l’une commence par invoquer une généralisation au sujet de ce qu’elle regarde, en supprimant la précision que ce qui est « trop beau », l’est dans SA conception de la beauté. Qui plus est, elle omet de nommer l’objet de sa contemplation. Comme s’il était évident que son message passerait sans être corrigé par son interlocuteur, qu’il serait compris dans son sens d’origine. Quant à la personne qui lui répond, elle fait de SON jugement une idée universelle, puis saute sur le message incomplet et flou comme s’il était clair, et réagit donc à côté du sujet.

Ici, l’exemple n’engage que peu d’enjeu entre les deux protagonistes. Ce genre de quiproquo peut même porter à rire de confusion. Toutefois, reporté à la communication dans des situations plus délicates, ce modèle peut créer un désastre. Deux individus qui se rencontrent pour se réconcilier risquent eux aussi, dans certains cas, de prendre inconsciemment un malentendu aussi léger que celui invoqué en exemple, comme un signe catégorisant la relation dans l’impossibilité de se comprendre. Là où, dans un rapport humain différent, ils auraient ri ensemble de ce dialogue de sourds.