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Malheur Acquis

December 29, 2017

 

 

« Perdant-né, né pour perdre, né pour être un raté » Tels sont les mots du grand maître en hypnose, Milton Erickson, pour décrire l’état d’une certaine catégorie d’individus.

 

Je précise « état » car une lecture rapide de ce passage du séminaire de l’été 1979, donné à Phoenix au domicile même de notre précieux père tranquille de la thérapie brève, pourrait donner à penser que Erickson se faisait juge condamnateur sans merci de rebus de la société déguisés en tout-venant.

 

Bien que Milton lui-même insista dans ce passage sur la nécessité de reconnaitre ce genre de caractère, afin d’éviter soigneusement le piège qu’ils ont la fâcheuse tendance à ouvrir à leur propre insu, il est important de signaler qu’agir en perdant, sa vie durant ou temporairement, est un acquis et un état.

 

Je peux me demander dans quel état j’aime me trouver, si c’est dans la joie et l’abondance de chance ou si c’est dans la dépression et la décrépitude.

 

Il y a au départ de toute vie, un premier carrefour. Un chemin s’ouvre sur un labyrinthe maudit, l’autre sur un joli village. Tout enfant qui vient au monde est doté à la fois d’un puissant instinct de sauvegarde et d’un terrible manque d’intuition. L’instinct, c’est la somme de nos perceptions brutes. L’intuition est ce résultat agrémenté de nos souvenirs sécurisants et inquiétants.

 

Ainsi, en venant au monde, tout bébé a déjà l’instinct de se rendre au joli village. En grandissant, il apprend à une allure folle les rudiments de la vie ex-utero : il y a de bonnes et de mauvaises actions. Tout bébé est donc déjà sur le chemin menant au village. Au cours de sa jeune vie, il y sera tantôt poussé par ses référents, tantôt empêché et contraint à tourner les talons vers le labyrinthe maudit. La porte d’entrée du village et celle du labyrinthe ne sont autres que le seuil de l’âge adulte. Lorsque l’individu capte qu’il acquiert la force utile à braver l’autorité qui se dresse devant lui et qui lui intime l’ordre d’affronter le labyrinthe. « La vie n’est pas un conte de fée ! » « Tu vas déchanter face à la réalité, tu verras ! », « Pour qui tu te prends ?! » etc. c'est qu'il approche du seuil sécurisant.

 

Pour le petit morceau d’humain qui avance depuis l’aube sur le chemin du labyrinthe, chaque jour est un gage de honte, d’injustice, de rejet, d’abandon, de trahison, de sabotage complet. Sa croissance est lente car son énergie est centrée sur les risques qu’il rencontre à chaque pas. Le labyrinthe, c’est la réalité inversée du bonheur. Longtemps, cette âme-ci se croira vouée à l’égarement et à l’échec cuisant. L’échec qui, là-bas, ne symbolise pas la douce idée d’une étape d’apprentissage, ni l’excitation de retrouver son challenge le lendemain avec la même pêche. On dit au contraire de l’échec qu’il produira pire le jour suivant. Ce chemin maudit est si tortueux que c’est le quotidien de ces malheureux d’avancer d’un pas et de reculer de deux. De vivre de petites gloires essuyées par la désillusion du blocage à venir. Ce n’est pas un labyrinthe dont on a le sentiment de pouvoir sortir un jour. C’est parce qu’il n’a aucune sortie perceptible que le bébé venu au monde avait l’instinct de marcher vers le joli village des joies et des chances faciles.

 

Pourtant. Un jour que je m’aventurais dans le désert argentin, j’ai vécu un épisode qui illustre parfaitement l’existence d’un autre mouvement génial de l’instinct de sauvegarde et d’amour-propre que nous possédons tous ad vitam eternam, quand bien même il se trouverait enfoui au lointain.

 

Piégée au milieu de buissons de ronces et par une accumulation progressive de boue venant du rio, menacée par des nids de guêpes, avec un fond de bouteille d’eau, j’ai fermé les yeux et j’ai pris une large inspiration. Cela eut deux effets : chasser le brouillard de la détresse qui s’amenait et éveiller mon instinct le plus primaire. J’ai fait un tour intérieur sur moi-même. Non, je n’allais pas rebrousser chemin, la solution n’était pas non plus de m’évertuer à trouver un autre passage encore. Soudain, c’était à ma portée. J’ai ouvert les yeux avec une rage folle et magistralement mesurée, j’ai arraché une branche saine que mon regard piqué de frousse naissante n’avait pas vue, et j’ai littéralement bousillé les buissons, me frayant un passage à travers ce qui m’apparaissait de plus en plus comme un simple gribouillis impénétrable mais léger, que je gommais à tour de bras et d’enjambées dignes d’une géante. Et je suis encore en vie. On m’avait prévenue qu’aucun moyen de se nourrir en chemin n’existait. Pourtant après cela, j’ai marché encore et suis entrée dans un ranch. On m’a servi une assiette monumentale des meilleures frites de ma vie, une salade copieuse, de l’eau pétillante et on m’a offert l’addition. J’étais repassée de l’autre côté.

 

Quand l’on se trouve, temporairement ou depuis des lustres, dans un lieu maudit aussi ficelé qu’un bouquin de Stephen King, ce n’est pas notre instinct qui nous dit que c’est sans issue. C’est notre conscience et, lorsqu’elle est truffée de souvenirs inquiétants et limitants, même en additionnant leur nombre à la somme de l’instinct, on obtient une intuition négative. On ne « sent », on ne « voit » plus rien de bon, nulle part. On commence dans l’espoir d’une sortie, qui n’est autre que la voix de l’instinct qui sait comment quitter ce cercle vicieux, et on reconnait vite la déconfiture consciente typique de ne trouver qu’un énième mur immense. Une simple croyance limitante de plus.

 

Que dit cette voix instinctive si optimiste ? Elle parle d’un autre plan de survie. Elle évoque un regard différent sur l’environnement. Il s’agit de percevoir que tout mur possède une faille évidente : il n’a que la réalité qu’on lui donne.

 

Ainsi, la sortie, c’est nous qui la créons. Le regard s’intensifie sur une zone du mur, le cœur bat plus fort et la seule idée de se trouver parmi les villageois – dont on avait seulement pu entendre les échos joyeux, comme venus d’une autre sphère – crée un mouvement dans les briques. Comme un mirage qui prend forme. Et il suffit ensuite de sentir comme on laisse la main traverser cette zone lumineuse, cette forme laissant entrevoir le village comme une fenêtre sur l’autre monde, pour que le mirage se mue plus fort en réalité nouvelle. Quand le corps entier s’est engouffré dans la faille, il lui arrive de glisser dans d’autres embûches, avant d’atteindre les portes tant rêvées du village. Ce ne sont que les derniers fragments d’un univers douloureux et effrayant créé spécialement pour faire exister les mots « contrainte », « ratage », « peur », « ennui », « fin ». Au village, ces mots sont incompréhensibles. Ou bien l’on y découvre une signification complètement opposée en intention, et en effets.

 

Ce qui arrive le plus souvent, c’est qu’il devient jour après jour impossible, très dur et très inconfortable de tenter de retrouver le chemin du labyrinthe. Comme ne plus se souvenir du titre d’un film d’horreur, puis oublier son auteur et zapper rapidement car le type en face de nous qui veut en savoir plus est surtout névrosé, comme nous l’étions jadis. Seul le convoi du hasard a la possibilité d’envoyer un avion survoler le labyrinthe pour diffuser quelques messages d’audace, de force et de confiance à ceux qui ne chercheraient pas encore la sortie à l’intérieur de leur pensée.

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